Qu'est-ce qu'un infarctus du myocarde ?
L'infarctus du myocarde, communément appelé crise cardiaque, est la destruction d'une partie du muscle cardiaque (le myocarde) consécutive à l'obstruction d'une artère coronaire. Lorsqu'une plaque d'athérome — un dépôt de graisses et de cholestérol accumulé sur la paroi interne d'une artère — se fissure, un caillot sanguin se forme et bloque partiellement ou totalement le flux de sang vers le cœur. Privée d'oxygène, la zone concernée commence à se nécroser en quelques minutes.
En France, environ 120 000 personnessont hospitalisées chaque année pour un syndrome coronarien aigu, dont plus de 60 000 pour un infarctus du myocarde. Cette pathologie est responsable d'environ 44 500 décès par an— soit un décès sur huit chez l'homme et un sur dix chez la femme. Consultez notre baromètre arrêt cardiaque 2026 pour les dernières données.
Différence entre infarctus, crise cardiaque et arrêt cardiaque
Les termes « infarctus du myocarde » et « crise cardiaque » désignent exactement la même chose : une artère coronaire se bouche et une partie du cœur souffre. L'arrêt cardiaque, en revanche, est une situation différente et plus grave : le cœur cesse totalement de battre, la victime perd immédiatement connaissance et ne respire plus. L'infarctus peut provoquer un arrêt cardiaque, mais ce n'est pas systématique. À ne pas confondre non plus avec l'AVC(accident vasculaire cérébral), qui concerne l'obstruction d'une artère du cerveau et non du cœur.
Infarctus peut-on en mourir ?
Oui, l'infarctus est une urgence vitale. Environ 10 % des victimes décèdent dans la première heure et 15 % dans l'année qui suit. Toutefois, la mortalité à 30 jours a chuté de près de 70 % en 15 ans grâce à l'amélioration de la prise en charge, notamment l'angioplastie coronaire et la thrombolyse. Chaque minute sans traitement réduit les chances de survie : c'est pourquoi la rapidité d'intervention est déterminante.
Symptômes de l'infarctus : les signes qui doivent alerter
Les symptômes classiques chez l'homme
Le signe le plus caractéristique est une douleur thoracique brutale, intense et prolongée(plus de 15 à 20 minutes). Située au centre de la poitrine, derrière le sternum, elle donne une sensation d'oppression, de serrement ou d'écrasement — comme si la poitrine était prise dans un étau. Contrairement à l'angine de poitrine, cette douleur ne disparaît pas au repos.
La douleur irradie fréquemment vers le bras gauche (parfois les deux bras), la mâchoire inférieure, le dos, les épaules, ou le creux de l'estomac. Environ 70 % des patients rapportent cette irradiation. Des douleurs dans la jambe gauche ou la cuisse gauche, bien que moins connues, peuvent aussi être associées à un problème cardiovasculaire et doivent être prises au sérieux si elles accompagnent d'autres symptômes.
D'autres signes accompagnent souvent la douleur : sueurs froides, pâleur, essoufflement inhabituel, étourdissements, sensation de malaise général, nausées ou vomissements. Lorsque l'infarctus touche la partie inférieure du cœur, proche de l'estomac, la douleur peut facilement être confondue avec un problème digestif.
Symptômes de l'infarctus chez la femme
L'infarctus n'est pas une maladie exclusivement masculine. Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez la femmeen France, avec plus de 75 000 décès par an — six fois plus que le cancer du sein. Fait alarmant : les femmes jeunes sont de plus en plus touchées, principalement à cause de l'augmentation du tabagisme féminin et de la sédentarité.
Chez la femme, l'infarctus se présente souvent de manière atypique. La douleur thoracique classique « en étau » est plus rare. Les symptômes les plus fréquents sont : une fatigue intense et inexpliquée, un essoufflement inhabituel (à l'effort ou au repos), des palpitations, des nausées ou vomissements, des douleurs abdominales, une transpiration anormale, des douleurs dans le dos, le cou ou la mâchoire. Une douleur dans le bras droitest également plus fréquente chez la femme que chez l'homme.
Les cardiologues français alertent : les femmes sous-estiment souvent ces signes, les attribuant au stress ou à la fatigue. Résultat — elles mettent en moyenne 30 minutes de plusque les hommes pour appeler les secours, un délai qui peut être fatal. Un rapport de l'Académie de Médecine (janvier 2025) confirme une inégalité de prise en charge de l'infarctus chez la femme, entraînant une surmortalité.
Trois périodes de la vie hormonale augmentent le risque : la contraception hormonale (surtout combinée au tabac), la grossesse, et la ménopause, où la protection naturelle des œstrogènes disparaît.
1 mois avant un infarctus : les signes avant-coureurs
L'infarctus ne survient pas toujours de manière totalement brutale. Certains signes peuvent apparaître des jours, voire des semaines avant l'événement. Chez l'homme comme chez la femme, les principaux signes avant-coureurs sont :
- Une fatigue inhabituelle et persistante qui ne s'explique pas par un effort physique ou un manque de sommeil.
- Un essoufflement progressif, d'abord à l'effort puis au repos, qui s'aggrave au fil des jours.
- Des douleurs thoraciques intermittentes (angine de poitrine instable) — des épisodes de gêne ou de pression dans la poitrine qui surviennent au repos ou lors d'efforts légers et qui disparaissent spontanément.
- Des troubles du sommeil inhabituels, en particulier des réveils nocturnes avec oppression.
- Des palpitations ou des sensations de rythme cardiaque irrégulier.
- Une anxiété inexpliquée, parfois décrite comme un pressentiment.
Ces symptômes ne signifient pas forcément qu'un infarctus est imminent, mais ils doivent impérativement être signalés à un médecin. L'angine de poitrine instable (douleur qui survient au repos) constitue en particulier un signal d'alarme majeur nécessitant une consultation en urgence.
Mini-infarctus et infarctus silencieux : quand le cœur souffre sans prévenir
Qu'est-ce qu'un mini-infarctus ?
Un mini-infarctus (ou infarctus NSTEMI, « sans élévation du segment ST ») est un infarctus où le muscle cardiaque n'est pas complètement privé d'oxygène mais où certaines cellules sont tout de même nécrosées. Les symptômes sont généralement moins intenses que lors d'un infarctus classique, ce qui incite les victimes à ne pas consulter. C'est une erreur : un mini-infarctus reste une urgence médicale qui nécessite un diagnostic par électrocardiogramme et prise de sang (dosage de la troponine), et un traitement rapide pour éviter une récidive plus grave.
L'infarctus silencieux
Un infarctus silencieuxne provoque que des symptômes très légers, voire aucun symptôme ressenti par le patient. Il est souvent découvert a posteriori, lors d'un examen cardiaque de routine (ECG, échographie). L'infarctus silencieux est particulièrement fréquent chez la femme, les personnes diabétiques et les personnes âgées, dont la sensibilité à la douleur est réduite. Même sans symptôme, il laisse une cicatrice sur le cœur et augmente considérablement le risque de récidive, d'insuffisance cardiaque et de mort subite.
Un infarctus peut-il durer plusieurs jours ?
La phase aiguë de l'infarctus — l'obstruction de l'artère et la nécrose du muscle — se joue en quelques heures. Cependant, des douleurs thoraciques récurrentes sur plusieurs joursconstituent un signe d'alarme sérieux. Elles peuvent indiquer un angor instable(les plaques d'athérome sont fragiles et menacent de se rompre) ou un infarctus en cours d'évolutionavec des épisodes d'obstruction partielle. Toute douleur thoracique revenant de manière répétée sur plusieurs jours est une urgence médicale — consultez immédiatement ou appelez le 15.
Un infarctus ne « passe » jamais tout seul. Même si la douleur semble s'atténuer temporairement, l'artère reste obstruée et les dégâts progressent. Plus le traitement est tardif, plus la zone de nécrose s'étend et plus les séquelles sont importantes.
Causes et facteurs de risque de l'infarctus
L'infarctus résulte de la combinaison de deux phénomènes : une lésion de la paroi artérielle (athérosclérose) et la formation d'un caillotqui vient obstruer l'artère abîmée. Les principaux facteurs de risque sont :
- Le tabagisme — premier facteur de risque modifiable. Le tabac détériore la paroi des artères, favorise la formation de plaques et multiplie par 2 à 4 le risque d'infarctus.
- L'hypertension artérielle, qui use prématurément les artères.
- L'hypercholestérolémie (excès de cholestérol LDL), qui alimente les plaques d'athérome.
- Le diabète, qui accélère l'athérosclérose.
- La sédentarité et le surpoids ou obésité.
- Le stress chronique — les personnes exposées au stress professionnel ont un risque 23 % plus élevé (étude INSERM).
- L'âge : hommes de plus de 55 ans et femmes de plus de 65 ans sont les plus touchés.
- Les antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires.
- L'alcool en excès. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur l'alcool et crise cardiaque.
Un mode de vie sain (alimentation équilibrée, activité physique régulière, arrêt du tabac, gestion du stress) est la principale mesure de protection.
Que faire en cas de crise cardiaque si on est seul ? Les gestes d'urgence
Si vous ressentez une douleur thoracique intense pendant plus de 15 minutes, avec ou sans irradiation, accompagnée de sueurs, de nausées ou d'essoufflement, réagissez immédiatement.
1. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112
C'est le geste le plus important. Activez le haut-parleur de votre téléphone et composez le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro d'urgence européen). Décrivez précisément vos symptômes : localisation de la douleur, intensité, heure de début, signes associés. Répondez aux questions du médecin régulateur et ne raccrochez pasavant qu'on vous le demande : il peut vous donner des consignes vitales. Si vous ne pouvez pas parler, envoyez un SMS au 114.
2. Déverrouillez votre porte d'entrée
Si vous perdez connaissance, les secours doivent pouvoir entrer. Allez déverrouiller votre porte ou déclencher l'ouverture de votre immeuble. Prévenez un voisin ou envoyez un SMS rapide à un proche avec votre adresse.
3. Asseyez-vous et restez calme
Ne restez pas debout, ne marchez pas, ne montez pas d'escaliers. Asseyez-vous confortablement, adossé, les genoux légèrement fléchis. Cette position réduit l'effort du cœur et facilite la respiration. Desserrez tout vêtement serré (ceinture, col, cravate). Respirez lentement et profondément. L'objectif est de maintenir votre cœur aussi calme que possible.
4. Ne prenez aucun médicament sans avis médical
Ne prenez pas d'aspirine de votre propre initiative. L'aspirine fluidifie le sang et peut être bénéfique, mais elle est contre-indiquée en cas d'allergie, de traitement anticoagulant ou de risque hémorragique. Le médecin régulateur du SAMU vous dira si vous devez en prendre. Si vous avez déjà un traitement prescrit (trinitrine sublinguale pour angine de poitrine), prenez-le selon votre prescription habituelle.
5. Attendez les secours sans bouger
Restez assis jusqu'à l'arrivée du SMUR. Les trois premières heures sont cruciales : la circulation sanguine doit être rétablie le plus vite possible dans l'artère bloquée. N'essayez pas de conduire vous-même aux urgences — un malaise ou un arrêt cardiaque au volant mettrait votre vie et celle des autres en danger.
L'erreur à ne pas commettre : « tousser très fort »
Des vidéos virales conseillent de « tousser très fort » ou de « taper sur une veine du bras gauche ». Comme l'a rappelé France Info en mars 2026, ces conseils sont dangereux et inefficaces. Tousser ne débouche pas une artère coronaire. Ce mythe provient d'une confusion avec un conseil médical spécifique donné à certains patients souffrant de troubles du rythme — ce qui n'a rien à voir avec un infarctus. Le bon réflexe : appeler les secours, s'asseoir, ne pas s'agiter.
Que faire si un proche fait un infarctus devant vous ?
Si une personne se plaint de douleurs thoraciques intenses mais reste consciente et respire : appelez le 15 ou le 112, asseyez-la confortablement, rassurez-la et suivez les instructions du médecin régulateur.
Si la personne perd connaissance et ne respire plus (arrêt cardiaque), la chaîne de survie doit être déclenchée immédiatement : alertez les secours en haut-parleur, débutez un massage cardiaque(100 à 120 compressions par minute, enfoncement de 5 à 6 cm au centre du thorax) et envoyez quelqu'un chercher le défibrillateur automatisé externe (DAE) le plus proche.
Dans 70 % des cas, les arrêts cardiaques surviennent devant des témoins, mais seuls 20 % d'entre eux connaissent les gestes de premiers secours. La RCP (réanimation cardio-pulmonaire) par un témoin double les chances de survie, et combinée à un choc précoce du DAE, elle peut les multiplier par cinq (recommandations ERC 2025).
Le DAE est un appareil simple, accessible à tous sans formation, présent dans les lieux publics (mairies, gares, centres commerciaux). Il analyse le rythme cardiaque et ne délivre un choc que si nécessaire — vous ne pouvez pas « mal faire ». L'application Staying Alive permet de localiser les DAE autour de vous. Pour connaître vos obligations, consultez la législation défibrillateur. Pour équiper votre établissement, découvrez nos packs de location de défibrillateurs dès 39 €/mois.
Traitement de l'infarctus du myocarde
Le traitement d'urgence
L'objectif est de déboucher l'artère coronaire obstruée le plus vite possible. Deux techniques principales sont utilisées. L'angioplastie coronaire(intervention coronaire percutanée) : un cathéter est introduit dans l'artère, un ballonnet gonfle pour rouvrir le vaisseau, et un stent (petit ressort métallique) est posé pour maintenir l'artère ouverte. C'est le traitement de référence. La thrombolyse: un médicament est injecté pour dissoudre le caillot, utilisé lorsque l'angioplastie n'est pas réalisable dans les délais.
Le traitement au long cours
Après un infarctus, un traitement médicamenteux est prescrit à vie : aspirine à faible dose (antiagrégant plaquettaire), bêtabloquants, statines (pour réduire le cholestérol), IEC(inhibiteurs de l'enzyme de conversion) et éventuellement un second antiagrégant plaquettaire. L'observance de ce traitement est essentielle : l'aspirine seule réduit le risque de récidive d'environ 25 %, mais selon les études, seuls 65 % des patients respectent cette prescription.
Récupération et séquelles après un infarctus
Temps de récupération après un infarctus
La cicatrisation du muscle cardiaque prend environ 4 à 8 semaines. La durée d'hospitalisation initiale varie de 3 à 7 jours selon la sévérité. Après la sortie, un programme de réadaptation cardiaque(exercice physique supervisé, éducation thérapeutique, soutien psychologique) est fortement recommandé pendant 3 à 6 semaines. Le retour au travail s'envisage généralement entre 1 et 3 mois, selon le métier et l'étendue de l'infarctus.
Séquelles après un infarctus
La zone nécrosée du cœur ne se régénère pas : elle est remplacée par du tissu cicatriciel qui ne se contracte plus. Les séquelles dépendent de l'étendue des dommages. Un infarctus massif(nécrose étendue) peut entraîner une insuffisance cardiaque chronique (essoufflement, fatigue, rétention d'eau), des troubles du rythme cardiaque, ou la nécessité d'un défibrillateur implantable.
Changement de caractère après un infarctus
L'infarctus n'est pas seulement un événement physique : il a un impact psychologique important. Anxiété, dépression, irritabilité, troubles du sommeil, perte de confiance en soi, peur de la récidive — ces réactions sont fréquentes et normales. Environ un tiers des patients développent des symptômes dépressifs dans les mois suivant l'infarctus. Un accompagnement psychologique ou psychiatrique fait partie intégrante de la réadaptation cardiaque.
Durée de vie moyenne après un infarctus
Avec une prise en charge rapide et un suivi médical rigoureux, la majorité des patients vivent de nombreuses années après un infarctus. L'espérance de vie dépend de l'étendue des dommages, de la fraction d'éjection du cœur, de l'âge, du respect du traitement et de l'hygiène de vie. Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur l'espérance de vie avec un défibrillateur.
Prévention de l'infarctus et alimentation post-infarctus
Les 7 piliers de la prévention
- L'arrêt du tabac (réduit le risque de 50 % en un an).
- Une activité physique régulière (au moins 30 minutes de marche rapide par jour).
- Une alimentation de type méditerranéen (fruits, légumes, poissons gras, huile d'olive, céréales complètes).
- Le contrôle de la tension artérielle (objectif < 140/90 mmHg).
- Le contrôle du cholestérol LDL.
- La gestion du stress et du sommeil.
- Le suivi médical régulier, en particulier pour les femmes lors des trois périodes à risque (contraception, grossesse, ménopause).
Aliments interdits après un infarctus
Après un infarctus, certains aliments doivent être limités ou évités :
- La charcuterie et les viandes grasses (riches en graisses saturées).
- Le beurre, la crème et les fromages gras.
- Les plats industriels et les conserves (très riches en sel).
- Les pâtisseries, viennoiseries et sodas (sucres raffinés).
- L'alcool (au-delà d'un verre par jour).
Privilégiez le régime méditerranéen, qui a démontré une réduction de 30 % des récidives cardiovasculaires.



